Que recouvre le terme « modernisme » dans la théorie de l’art ? Développez sur
base des notions suivantes: formalisme, l’art pour l’art (autotélique), téléologie,
autonomie, auto-référentialité.
La Modernité
La fin de siècle
éloge du nouveau> définition de Baudelaire
Esprit fin de siècle= séries de mouvements, notamment les décadents, un espèce de malaise, de mélancolie, fin de siècle trouble (morbide et joie). Moment charnière, avènement de la modernité
deux dernières décennies du 19 = malaise —> esprit fin de siècle, décadantisme (art décadent)
esthétique qui témoigne d’une perte de confiance en le progrès
Cet esprit accompagne l’avènement de la modernité
« La modernité c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre est l’éternel et l’immuable. »
– Baudelaire
Les origines du projet moderne
Projet moderne démarre au 16e siècle, c’est un changement d’esprit, qui se veut différent du moyen-âge (départ=Renaissance). Grace aux progrès technique: imprimerie par exemple > permette avènement d’un nouvel esprit. Apparition de l’industrie et de la société capitaliste, société efficace. Avènement de la raison, on explique plus les choses de l’univers via la croyance > la raison prend le dessus, tout homme est doté de raison donc tout homme peut avoir accès à la connaissance, donc tout le monde est égal> apparition de l’individu (=plus petite portion sociale dans les sciences humaines). On comprend la réalité en découpant tout. L’individu est essentiel à l’art moderne. Individu= subjectivité (invention de la modernité) >> non seulementl’artiste peut exprimer sa subjectivité mais chacun peut avoir une impression de l’oeuvre.
Projet moderne (depuis le 16e) est philosophique, scientifique et socio-politique: améliorer les conditions de vie de l’individu sous tous les aspects: technique, politique (être libres et égaux). Émancipation de l’individu.
La confiance dans le progrès. Dans l’art moderne la notion de progrès ou de nouveau est fondamental, chaque mouvement veut faire quelque chose d’encore plus nouveau que le précédent.
Modernisme > Histoire téléologique (qui tend vers un point ultime) de la peinture, dont le but est d’épurer.
modernisme ≠ art moderne
Ce qu’on a vu c’est de l’art moderne; le modernisme c’est une conception critique, une lecture de l’évolution des arts qui fait de la période 1860-1950 le sommet de l’évolution des arts, moment ou les artistes s’attachent à la spécificité de la peinture pour la réduire à la planéité et la couleur.
Cette lecture est due au critique Clément Greenberg.
Lecture de Clément Greenberg

Selon lui depuis Edouard Manet (qui amène une nouvelle conception de la peinture, notamment en terme de planéité: c’est une surface plane que l’on remplit de tâches de couleurs) jusqu’à l’expressionnisme abstrait (Jackson Pollock, Newman, Rothko) qui est le sommet du modernisme pour lui.
l’art poursuit sa propre fin (donc il en a une) il va vers un but ultime. Le fait d’évoluer vers une fin = un aspect téléologique
Greenberg propose une approche de l’art pour l’art. Il vaut pour lui même indépendamment du reste ≠ des avant-gardes
Il évolue vers une fin en développement une spécificité, en se concentrant sur ses spécificités. Ex: ce qui est spécifique à la peinture est la planéité
Le modernisme est donc cette évolution qui consiste en une réduction esthétique à la spécificité du médium: il faut aller au bout des conditions d’existences d’un médium. Pousser à son extreme la spécificité liée à un médium.
La perspective moderniste est à la fois téléologique et en même temps une esthétique radicale (=revenir à la racine).
L’art défendu par Greenberg est un art qui se coupe de toute représentation, c’est un dispositif qui cherche à s’analyser lui même, à s’épurer.
Sur une ligne de temps, on peut considérer qu’il y a un point de départ, un point de rupture, que l’on peut situer vers les années 1860; cette ligne de temps se prolonge jusque dans les années 60-70 (fin du modernisme, début art contemporain).
Puisqu’on pousse la spécificité > compartimentation autoritaires des disciplines artistiques ≠ dadaïstes mélange les arts; les avant-gardes font ressurgir l’idée d’art total de Wagner. Greenberg coupe court à tout cela avec son modernisme > vision puriste et totalitaire (pensée qui se développe pendant WW2); il critiquera beaucoup les industries culturelles qu’il considère comme des objets de propagande.
Rupture 1860 : notamment Manet qui met l’accent sur la planéité; la toile est avant tout une surface selon lui, il fait des sortes d’aplats de couleur derrière les personnages qui annilhie la mise en espace, tout est ramené à la surface de la toile — > c’est un démarrage selon Greenberg (att: c un pdv, on peut considérer que le point de départ est plus tôt, sa lecture critique est ancrée dans son temps)
L’impressionnisme est le grand moment où la peinture bascule, le peintre met l’accent sur la matérialité de la peinture.
Le projet moderniste culmine dans l’expressionnisme abstrait > Greenberg aura été un de ses grands défenseurs. Ce terme apparait en 54? par un critique. Porté par Action painting (Jackson Pollock)
Colorfield painting > aplat, champ, émanation de couleur (Mark Rothko, Barnett Newman)
Un médium ne doit pas être contaminé par un autre, le but de chaque médium est de s’auto-définir et s’auto-critiquer. Enlever tout ce qui n’est pas essentiel au médium. Vise la purgation et le nettoyage des médiums. Cette perspective formaliste renoue avec la notion de l’art pour l’art (une posture esthétique, un parti-pris) qui s’enracine dans la première partie du 19e, notamment chez Théophile Gautier : selon lui l’art est dépourvu de toute fonction, autre que d’accéder à sa propre beauté, c’est donc un domaine autotélique (= qui s’accomplit par soi-même). Gautier théorise cela à partir de 1834 dans une préface « Non pas la forme pour la forme mais la forme pour le beau. »: un médium doit viser sa beauté propre.

Distinction entre l’avant-garde et le kitsch > le kitsch nous ferait vivre des expériences par procuration, a pour risque de nous aliéner. Il considère que la culture populaire véhicule une propagande, le kitsch est académique il n’engage donc à aucun effort de réflexion, formes sans fond. L’avant-garde est réfléchit, a un discours critique, ce n’est pas une imitation mais une imitation de l’imitation (il produit un discours sui lui-même, méta-discours). Au 20e, une bonne partie de l’art est auto- référentiel > donc rupture entre art moderne et le grand public (il faut connait l’histoire de l’art pour comprendre comment on en est arrivé là). ((Les oeuvres ne sont que des définitions de ce que doit être l’art)). Greenberg fait un lien entre cette culture kitsch et les systèmes totalitaire, c’est un outil de propagande qui aliène. Il existe donc des résistances culturelles et indépendantes ; le rock au départ par exemple qui prône l’autogestion et renie l’industrie culturelle. Cette perspective critique peut être revue car cette industrie donne parfois aujourd’hui des oeuvres acclamé et par la critique et par le grand public.
Kulturindustrie, d’Adorno

En Allemagne, des philosophes font le même constat: selon Benjamin les oeuvres d’art perdent leurs auras (l’ici et maintenant de l’oeuvre), c’est le propre de la reproductibilité. Adorno a une approche plus nuancée des industries culturelles (le cinéma, la musique..), il leur reproche leur finalité marchande mais aussi le fait d‘imposer des loisirs standardisés ce qui entraine des modes de vie uniformisés. Ces industries ont les même logiques dans les régimes totalitaires que démocratiques, logique uniforme à nos sociétés contemporaines, càd une production croissante des biens. Cette culture de masses (masses sont les victimes) entraine une passivité des spectateurs-consommateurs, c’est une culture stéréotypée, dans le cinéma par exemple ce sont des lieux-communs, des clichés réemployés; l’imaginaire est appauvrie. Le divertissement n’est que de la distraction. Dans cette culture de marché, seul les artistes les plus rentables et consensuels ont une place. L’amusement est la prolongation du travail, on souffre de l’aliénation du travail donc on se divertit pour le lendemain être plus apte à travailler, cela ne demande aucun effort intellectuel, c’est un abrutissement qui rejoint la routine quotidienne déjà peu intéressante. Cela soumet l’individu à un ordre social régit par cette culture.
La tâche de l’art est de cultiver son autonomie (synonyme de l’art pour l’art, perspective autotélique, téléologique): l’oeuvre d’art est double elle est à la fois enracinée dans le monde des hommes sensibles, socialement déterminée et en même temps elle invente sa réalité propre, elle ouvre à un autre monde, imaginaire, autonome, au delà du monde sensible des humains. C’est dans cette autonomie que l’art doit nous permettre d’exercer un esprit critique, qu’il doit faire oeuvre de résistance par rapport à l’aliénation et la bêtise humaine. Elle implique donc un médiateur/guide, l’oeuvre ne se livre pas de façon immédiate. Le modernisme en sculpture consiste aussi à s’épurer de ce qui lui est impropre pour se concentrer sur la tri-dimensionnalité. Greenberg s’intéresse notamment à la sculpture de David Smith: abstraction sculpturale, beaucoup de soudure, inox; rentre aussi dans l’expressionnisme abstrait. Anthony Caro dans les années 60, sculptures ouvertes qui n’ont pas de sens (de haut, de devant..) qui invitent à déambuler.
Récapitulatif
Mondrian rejoint De Stijl, considère que le modernisme doit enrichir le monde architectural. Archi moderniste repose sur fonctionnalisme et rationalisme. Greenberg met en garde contre le kitsch qui est un art aliéné; introduit des formes standardisées et rend la vie homogène. Adorno dit que l’oeuvre ouvre à un monde qui lui est propre, l’art a une autonomie, elle renvoie à une signification qui peut être autonome de notre monde sensible > ainsi elle a une puissance de critique, notamment face à l’aliénation de notre vie, l’autonomie= le pouvoir de l’oeuvre

spécificité de la sculpture= la 3D
- fait partie de l’expressionnisme abstrait sculptural
- mais bon l’oeuvre renvoie au dessin, est presque en 2D > bof moderniste
- meilleur exemple: Anthony Caro, Early one morning (1962)
- en sculpture, une ouverture= il n’y a rien qui indique un sens de regard pour la sculpture (histoire de la sculpture: toujours plus d’ouverture)
Vocabulaire du modernisme
- autonomie de l’oeuvre= Greenberg: pas d’utilité directe dans le monde; Adorno: permet/renvoie à une critique
- l’art pour l’art= s’enracine dans le 19e avec Théophile Gautier qui pense que la poésie ne doit pas exprimer des émotions comme dans le romantisme, sa seule finalité est la beauté (du mot et de l’agencement) le poète doit accéder à cette beauté pure. Mouvement parnassien, poésie ciselée, purisme poétique
- autotélique= qui s’accomplit par lui même
- auto-référencialité/auto-réflexivité/auto-critique= l’art contemporain est une suite de réflexion sur lui-même, un art qui est un discours sur lui-même, méta- discours
Modernisme à travers l’architecture
spécificité/pureté de l’architecture
De Stijl: entrecroisements de plans

ornementation est mise de coté car n’a aucune fonction, ce n’est pas la spécificité de l’architecture —> fonctionnalisme
rationalisme en architecture= rationaliser l’usage des matériaux, ils correspondent à leur fonction. Au 19e, nouveaux matériaux: béton, verre et metal. Acier= premiers buildings aux USA. Béton= facilité d’usage pour l’ossature mais aussi le coté visuel Modernisme= retour aux formes essentiels
Chez Le Corbusier: pilotis, toit terrasse, proportions du Modulor—> aspects moderniste qui répondent à la question de fonctionnalisme
Bauhaus: Typographe à la tête de l’atelier d’imprimerie, Bayer invente la police de caractère Universal, totalement moderniste, épure maximale, police construite et pas dessinée à partir de cercles et de bâtons.
Approche sonore du modernisme
En musique: spatialisation du son avec acousmoniums (orchestre de haut-parleurs) qui apparaissent dans les années 50, servent à diffuser de la musique électro- acoustique. Musique concrète, Pierre Schaeffer, utilise des sons. Musique acousmatique: le publique ne voit pas ce qui a produit les sons, il se concentre sur le son, sur la scène un dude s’occupe de la spécialisation des sons pré-enregistrés (John Cage peut être considéré comme moderniste en musique)