Le Banquet de Platon

Toute l’œuvre de Platon est pour ainsi dire dédiée à établir la définition de la philosophie. Nous allons analyser brièvement le Banquet et il sera vite évident que pour Platon, son maître Socrate incarne la figure même de la philosophie. Il lui a transmis sa manière radicalement différente de penser.

Le Banquet : philosophe = amoureux par excellence

Platon raconte un banquet qui avait lieu chez Agathon, un poète qui fêtait sa victoire à un concours de tragédie. Après leur Hang over de la veille, ils décidèrent de sagement discourir sur l’amour. Ils passèrent ainsi tout le dîner à faire l’éloge de l’amour et quand vint le tour de Socrate, celui-ci se montra perplexe :

  1. Un éloge pour lui consiste à dire la vérité.
  2. Il est incapable d’énoncer un discours continu donc il va procéder « comme d’habitude » et poser des questions qu’il accompagnera cette fois de l’anecdote de sa rencontre avec Diotime, une prêtresse.

Il tire de son questionnement avec Agathon que « l’amour est toujours désir de quelque chose ». Or l’objet que désire l’amour est la beauté (on verra plus tard pourquoi). Mais si l’on désire quelque chose, c’est évidemment justement parce qu’on ne le possède pas. Donc Amour n’est pas beau, mais bien l’intermédiaire entre la beauté et la laideur.

Pour expliquer cette notion d’intermédiaire et pourquoi est-ce que l’objet de désir de l’amour est la beauté, Socrate rapporte les propos de Diotime qui raconte le mythe de la naissance d’Erôs.

Mythe de la naissance d’Erôs (Diotime)

Penia, la Pauvreté a profité d’un comma éthylique de Poros, l’expédient (richesse passagère) pour lui faire on ne sait comment un bébé qui s’avère être justement Eros. Le tout le jour de l’anniversaire d’Aphrodite, ce qui explique pourquoi il est à la fois épris d’elle et qu’il est son servant.

Les caractéristiques d’Amour :

  1. Tantôt il se meure, tantôt il revit à nouveau, il est à la fois mortel par sa mère et immortel par son père.
  2. Il n’est jamais dans le dénuement de par son père mais ne peut pas profiter de l’opulence $$ à cause de la nature de sa mère.
  3. À mi-chemin entre la sagesse et l’ignorance
  • Les Dieux ne philosophent pas car il possède déjà à la base la sagesse.
  • Les ignorants ne philosophent pas car ils pensent la posséder.
    • Qui philosophe alors ?

Justement ceux qui se situent entre les deux, les intermédiaires. Amour est l’un d’entre eux. Il est l’un ET l’autre.

La suite du texte se concentre sur l’alliance de la mortalité et de l’immortalité. Comment peut-on cumuler les deux ? Par la régénération explique Socrate. En effet la vie subsiste grâce à l’alternance de génération, du nouveau à la place du vieux. Et Socrate fait le parallèle avec l’acquisition de connaissances. On ne cesse d’oublier ce qu’on apprend et c’est par l’étude, qu’on assimile et qu’on remplace les vieilles connaissances par des nouvelles, cependant on ne cesse d’oublier les connaissances qu’on vient d’acquérir, c’est donc par la pratique d’une étude incessante qu’on se rapproche du savoir, sans jamais vraiment le posséder.

Et Platon définit la philosophie comme étant cette pratique, cet exercice incessant. L’histoire du Banquet est en fait un moyen d’expliquer ce qu’est la philosophie : une science qui n’a d’autre objet que le désir d’accéder à la sagesse.

Socrate glisse donc dans cette anecdote la nature du philosophe, quelqu’un qui possède la sagesse dans la mesure où il la désire. Ce qui fait de Socrate le philosophe, l’amoureux par excellence, l’incarnation d’Eros en quelque sorte. La philosophie est donc l’aspiration à la sagesse selon Platon, il ne la possède pas car elle appartient aux Dieux seuls. On peut donc plutôt les considérer comme « amis de la sagesse ». Cependant arrêtons-nous un instant sur l’ironie de cette déclaration : Si le philosophe est celui qui désire le savoir et le possède par le simple fait de le désirer, le philosophe est un homme divin.