Question #5

Le socle est une élément qui fait l’objet d’une mise en question moderniste. Expliquez.

Question du socle en sculpture

Sa fonction première est de séparer la sculpture de son espace; stabilité de l’oeuvre; isoler l’objet des autres objets du monde, ça en fait une oeuvre. Se sont maintenus de l’antiquité jusque 19e siècle.

Questionner le socle est très moderniste car questionne l’essence de la sculpture.

Rodin

Rodin, La pensée (1896)

le non-finito= oeuvre qui semble ne pas être achevée, Michel-Ange en est fan, comme si les sculptures étaient encore emprisonnés dans leur bloc, il arrêtait en cours aussi psk si le bloc était imparfait il arrêtait la sculpture.

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Rodin, La Danaïde, 1890

Rodin, La Danaide, 1890 : peu de distinction entre la pierre non taillée/le socle et la peau de la femme

Les Bourgeois de calais, Rodin (1895)

Les Bourgeois de calais, Rodin (1895): socle relativement bas, sculpture de bronze donc pas unique, une série de douze. Appelle à projet pour commémorer 6 bourgeois sacrifiés lors de la guerre de cent ans, volonté d’un objet qui glorifie, style monument aux morts (format souvent pyramidal pour heroïsation des personnages). Rodin propose une sculpture plutôt cubique où les personnages sont montrés un peu pathétiquement. Il propose deux solutions pour sa sculpture: soit posée au sol, soit sur un socle de 5m de haut; au final différents types de socle selon les exemplaires.

Même s’il n’y a pas de socles, il y a une base de bronze qui pourrait déjà être un socle. Démarrage d’une réflexion sur le socle, perspective déjà un peu auto-réflexive, perspective moderniste.

Brancusi, élève de Rodin

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Le Coq, Constantin Brancusi, 1935

Moderniste dans la mesure où il tente une épuration des formes. Il crée ses socle lui même, il considère que le socle doit faire partie de la sculpture sinon rien, impossibilité de dissocier les deux quelles que soit sa dimension, le socle a des qualités esthétique qui prolonge la sculpture.

Le Coq (1935): deux socles

La Colonne sans fin III, Constantin Brancusi, avant 1928

Colonnes sans fin: on peut considérer que ce sont une infinité de socles superposés

Alberto Giacometti

Table (la table surréaliste), Alberto Giacometti, 1933

socle comme oeuvre

Table (la table surréaliste), 1933: la table est le socle mais elle fait partie de l’oeuvre, elle est même le nom de l’oeuvre donc elle est partie intégrante

Petit buste sur double socle, Alberto Giacometti, 1943-1944

Petit buste sur double socle, 43-44: le socle prédomine en taille sur la sculpture

Petit buste sur colonne, 50

Carl André (plus tardif, années 60)

Uncarved Blocks, Carl André, 1975

Travaille sur des modules simplifiés et géométriques avec matériaux brutes. Influencé par Brancusi et par le néolithique (Karnac, Stonehenge..) dans la répétition modulaire. L’expérience que fait le spectateur de ces sites est une expérience esthétique similaire à celle dans un musée.

Tin Square, Carl André, 1975

Travaille la sculpture dans sa planéité. Il les dispose à même le sol comme un dallage: 144 Tin Square (1975) : il invite le spectateur à marcher dessus, inédit dans l’histoire de l’art, « La sculpture comme lieu ». Elle intègre un lieu mais devient aussi un lieu en soi. De manière générale le minimalisme est une expérience de l’espace, qui invite au déplacement.

Didier Vermeiren

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Il a depuis les années 70 a consacré son travail à la question du socle. Il présente/expose des moules de socle comme oeuvre. Ensemble de socles de matériaux différents, parfois des socles sur des socles. Questionne aussi l’absence car il reproduit des socles d’oeuvres connues, il fait référence à des socles de l’histoire de l’art donc auto-réferentialité, pour le grand public, c’est incompréhensible; coupé du monde. Prive le socle de sa fonction pour en garder que sa forme (ex: socle en matériaux qui ne pourrait soutenir la sculpture)

Yuji Takeoka

Il s’interroge sur les dispositifs de démonstration de l’art: le socle et la vitrine. Ici on peut apprécier l’installation sans l’histoire, sous son aspect uniquement formel.

Question #6

« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » : tracez l’évolution de cette tendance aufil du XXe siècle, expliquez au travers d’exemples de votre choix…

Premières avant-gardes

Futurisme

apparait déjà un peu chez les futuristes: Apparaissent aussi les premièresperformances, consistant à incarner le mode de vie futuriste (dadaïste, surréaliste..)

—> l’art comme style de vie, l’idéologie va au delà de la pratique plastique, appliquerles préceptes à la vie de tous les jours (philosophie).

Dada

DADA: Certains veulent créer une galerie et une revue, d’autres sont réticents,notamment Hugo Ball qui refuse de faire de Dada un courant/système artistique, ilveut que ce soit une philosophie un mode de vie.

Autre pan de l’art au XXe siècle, qui ne s’intéresse pas à la forme (auto-référentiel) mais plutôt au politique (≠la politique), un art plus engagé.But de Dada: éveiller les consciences, désaliénation. À partir de 1916, Dada a uneutilité pratique et politique; avant-garde qui se veut en prise avec le monde, il nes’agit pas de l’art pour l’art mais de servir le monde.

Robert Rauschenberg et le Black Mountain College

Poser la question du modernisme avec Robert Rauschenberg, White Paintings.Proche de Dada, de John Cage. On peut penser qu’il pousse plus loin le carré blanc surfond blanc de Malevitch; ici monochromie totale. On peut penser qu’on ne peut allerplus loin dans l’histoire de l’art. l’oeuvre de Rauschenberg est elle moderniste ? Ouicar aboutissement de la peinture dans l’épuration totale. On peut voir une autrelecture, John Cage considère que ce sont des aéroports pour la poussière, qui saitregarder pourra toujours y voir quelque chose; l’oeuvre renvoie donc à son extérieur

—> lien avec 4min33 de John Cage, oeuvre silencieuse, il y a une partition mais lemusicien ne joue pas, il y a quelque chose à entendre pour ceux qui savent écouter.Cela rapproche l’art et la vie; le dispositif artistique est une manière d’expérimenterl’espace; c’est une autre lecture au modernisme: réconciliation de l’art et la vie.


Fluxus

Fluxus: musiqueperformante, avec les notions de hasard/d’aléas et d’intégration du publique. Néo-avant-garde donc publie un manifeste (néo-dada: négation de la tradition); vise unart anti-individualiste, la figure de l’auteur ne compte pas, tout le monde peut être unartiste, l’art est une arme qui permet de transformer la société; un art vivant del’expérience et de la performance puis de la participation. Tente de s’exiler des lieuxd’arts, donc d’être dans la rue pour être l’art de la vie . Les situations musicales qu’ilsproposent sont bruitantistes et symboliques. Philip Corner, Piano Activities (1962);une partition qui propose de détruire symboliquement une certaine forme de musique(destruction d’un piano), choque le bourgeois. Actions simples et brèves, parexemple: George Madunas, Drip Music: verse de l’eau d’une carafe dans une autre,geste anti-virtuose.

Fluxus c’est la vie, Ben

Robert Filhiou dira « L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art »Au fur et à mesure, les performances de Fluxus sont de plus en plus sociales et moinsen moins musicales. Joseph Beuys, partiellement rattaché à Fluxus; l’art est unearme de régénération sociale.


Art : affirmation de la vie

Tendance à lier art et vie s’oppose à la tendance du formalisme.? L’art est uneaffirmation de la vie selon Nietzsche.

Brecht

petites cartes invitant à faire /ne pas faire des choses du quotidien « si letéléphone sonne: »: plusieurs propositions; sorte de petites partitions

Beuys

(ancien aviateur, accident pendant la guerre> un avant et un après)

S’attache aux matériaux et à leur symbolique; il les manipule et les utilise pour desperformances. Il a une mission messianique qui vise à guider la société vers une sortede régénération

Marqué par l’antroposophie (sagesse de l’humain)= sorte d’éthique individuelle,chacun.e doit agir pour le meilleur de l’humanité; être sensible aux environnementsdans lesquels ont vit=écologie; écologies mentale et sociale. Pour lui l‘art doit être anthroposophique.

Tout le monde doit avoir accès à l’art et à son apprentissage —> rejoint la causeétudiante en tant que prof à l’aca de Dusseldorf, bcp d’étudiants été refusé,incompréhensible à ces yeux, il occupera l’aca., sera expulsé par la police et dira« que c’est amusant la démocratie ».

Il plante 7000 Chênes

Défenseur des minorités, posture féministe et écologique; porteur du message(narcissique, mythologie individuelle autour de sa propre personne)


Internationale situationiste (~1950-60)

Généralités

Groupe d’artistes et jeunes engagés d’ultra gauche, considèrent que dans notresociété capitaliste, tout est régit par des rapports marchands (y compris les relationssociales); leur projet et de lutter contre cette assouvissement à la marchandise et auspectacle, combattre la société spectaculaire marchande

Plusieurs groupuscules très engagés se fusionnent, publient une revue, presque comme un parti, pour une lutte marxiste

L’art a une position privilégié dans cette lutte

allument la mèche d’évènements, dont mai 68

l’art risque d’être une marchandise

la société capitaliste nous prive d’expérimenter la vie

Il faut substituer à l’objet d’art, une situation car l’objet d’art peut prendre de lavaleur, tandis qu’une situation, un moment vécu n’est pas marchandage et permet devivre la vie

Guy Debord

Guy Debord considère que l’international situationniste doit dépasser l’art et leréaliser; les avant-gardes n’ont pas été assez loin: « le dadaisme a voulu supprimerl’art sans le réaliser; et le surréalisme a voulu réaliser l’art sans le supprimer. Laposition critique élaborée depuis par les situationnistes ???

Dérive situationniste

mise en place de dispositifs et méthodes pour pratiquer la vie: la dérive situationniste (se laisser aller) par exemple: se ré-approprier l’espace urbain, la villedoit nous procurer des expériences; le pb de la ville c’est qu’on fait toujours les mêmes trajets au quotidien, faisons tout pour nous laisser surprendre alors, laissons nous dériver en prenant des parcours que nous ne prendrions pas d’habitudes —> la psycho-géographie (se déplacer selon les aléas du parcours). Les villes doivent donc être pensées de cette manière là. Ils influent donc sur la réflexion urbanistique à cettepériode, ville plus ludique. La dérive est très souvent alcoolisée.

GRAV

GRAV Groupe de Recherches Visuelles > art cinétique et optique; a joué son rôledans le questionnement de la place du spectateur: dispositifs où le public doit bouger

Le GRAV propose des dispositifs dans la ville de Paris où le public doit participera joué son rôle mais pas le plus importants

Mass Moving

collectif d’artistes qui ont proposé des actions en Belgique surtoutpour mobiliser les consciences, débats démocratiques. Ils étain animés par cette utopie de transformer le monde par l’art

Sound Stream, 1975: (dernière oeuvre du collectif); oeuvre qui s’étend du Cameroun jusqu’en Norvège: bambou planté sur un axe qui relie les deux pays, troués auxnoeuds, avec le vent des sortes de flutes-éoliennesen 75, feu de désenchantements, ils brulent tout ce qu’ils ont fait.


Crise de la fin de la modernité

Cela cristallise cequ’il se passe à la charnière en 70: passage de la modernité à ce quo’n appelle la post-modernité; cad: modernité/projet moderne s’enracine dans le siècle des lumières, faire en sorte que la société permette à l’individu de s’épanouir, fantasme du progrès, il faut aller de l’avant, foi en la technique et en la raison qui vont remédier en tous les maux, projet optimiste, la notion d’individu est concomitante avec le projetmoderne (avant on parle de société) ≠ au 20e on se rend compte qu’à force de toutdélier (découverte de l’atome, ce qui est indissécable, le plus petit, l’individu) on y a perdu (atome: bombe atomique et gros traumatisme, hyper-individualisme), le progrès et le progrès moderne ont mené au pire.

Dans les années 60 c’est ce malaise qui se manifeste, crise de la fin de la modernité, qui explique mai 68, l’engagements de ces artistes; les choses ne changent pas suffisamment + choc pétrolier dans le début des 70’ —> fin de l’utopie, désenchantement, une sorte de césure conceptuelleentre le projet moderne et la post-modernité (fin les grands récits et grandesidéologies). Au niveaux des idéaux politiques on passe des choses binaires et polarisées à un éparpillement, une multitude de groupuscules mélangés.


Le Carnaval : jeu et transgression

Musica Electronica Viva/MEV

fondé à Rome dans les 60 ou 70?

musiciens issus du Jazz multiplient les performances musicales où ils demandent à des membres du public de

venir jouer, car il ne faut pas savoir jouer pour exprimer une créativité musicaleexpérimente et construisent des instruments

bruitistes aussi un peu

oeuvre collective, tout le monde peut être artiste

ils ont eu l’impression de redécouvrir la musique, la pulsion qui mène les humains àfaire de la musique >>> plus tard ils diront qu’il sont été naïfs de penser cela, depenser que ça aller changer

favorise l’esprit de carnaval, désordre social accepté, tout le monde participe,personne n’est là pour regarder

Harman Nitsch

À la même période Hermann Nitsch, joue aussi sur ce coté carnavalesque où toutle monde peut libérer ses passions, retrouver cet archaïsme du rite social. Fait partie des actionnistes viennois= performeurs utilisant le corps comme médium(scarification et autre), art pour condamner des aspects politiques qui régissent nos vies.

À partir de 1971, il commence à organiser ce qu’il appelle Théâtre des orgies et mystères. Mystère de l’antiquité grec= initiation. Performance, action où il n’y a pasdes spectateurs mais des participants, actions cathartiques, moment public quipermette de se libérer des ses pulsions. Souvent des crucifixions et des corps dans carcasses animales. Coté un peu glauque. Dans son chanteau, des centaines de participants. Litres de sang déversés. Musiques, banquets, presse du vin. Festivité proche socialement du carnaval, entre ordre et désordre. Expérience synésthesique,tous les sens sont éveillés, affirmation pleine de la vie, oeuvre d’art totale

Donald Winicott : le jeu

Donald Winnicott, psychanalyste nous dit à quel point le jeu est fondamental pourl’être humain, c’est une « aire intermédiaire d’expérience » que l’enfant va s’autoriser/se dessiner très tôt, cela va être son premier espace de communication (il n’a pasencore le langage), moment où il considère que tout est propice à la communication.Il considère que l’art c’est la même chose, on peut justifier dans l’art ce qu’on ne peut pas ailleurs. C’est la même chose pour la religion, un endroit où l’on peut inventer des choses. Ce sont des extensions du jeu, adultes on a besoin d’espaces où l’on peut imaginer et communiquer sans qu’on nous prennent pour des fous.

Art est un espace où le spectateur est libre, il peut se libérer des contraintes etnormes sociales; le carnaval aussi cet espace de liberté où l’on peut exprimer despassions enfouies


Cercle d’Art Progressif (CAP) et art relationnel

Généralités

groupe d’artistes belges (70’) CAP= cercle d’art prospectif

Jacques Lennep, tête pensante, artiste et historien de l’art

Ont beaucoup travaillé autour du livre d’artiste

apporte le terme d’art relationnel pour la première fois dans l’histoire de l’art

Art relationnel

terme relation= pas relation inter-humaine, mais plutôt dans le sens structuraliste —>penser que toutes les choses dans la réalité sont en relation, la réalité est unestructure d’éléments et ce qui compte ce sont les relations entre ces éléments. Toutobjet d’art est une relation entre les éléments, un ensemble de relations.

Au fur et à mesure la relation sociale prend de plus en plus de place —> l’art relationnel devient centré sur l’humain et le relationnel

Musée de l’homme

Musée de l’homme de Jacques Lennep: volonté d’exposer l’homme ordinaire; bcp degens qu’il connait ont des obsessions et des hobbies qui ont une dimension créative sans qu’ils se considèrent comme des artistes.

Ex: le mec qui est passionné desorchidées; collectionneur compulsif obsessionnel; le fan de foot; modele de photo decharme

—> tout le monde est potentiellement artiste, même idée que Fluxus et Beuys

Au même moment Fred Forest veut à tout pris revendiquer l’utilisation des nouveauxmédias dans l’art

Collectif d’art sociologique

il a mis en place un collectif d’art sociologique en même tant que le CAP; eux aussi utilisent le terme de relationnel pour l’art —> querelle

promenade sociologique: marche et s’arrête dans la ville pour regarder qqn travailler Madame Soleil au Musée Galliera en 75 Dans les 80 il met en place l’esthétique de la communication: art est affaire de communication

Achète espace blanc dans Le Monde pour laisser le lecteur le remplir et lui renvoyer


Projets artistiques récent mélant Art et Vie

Nicolas Bourriaud (~1990)

critique d’art français

suggère que de plus en plus d’artistes travaille le relationnel, un rapport de proximitéentre leur oeuvre et le public, éviter le malaise de l’art contemporain qui a crée unfossé avec son public. Rapprocher l’art contemporain du grand public.

Rikrit Tiravanija

propose dans les centres d’art des dispositif qui invite à la halte et la participation. Ex: studio avec des instruments de musique ou dispositif pour faire dela soupe à partager

Maurizio Cattelan

Maurizio Cattelan, Stadium: babyfoot démesuré

Philip Pareno

1995, Snow Dancing

histoire d’un lieu investit par des individus le temps d’une fête; ils font société donc; le lendemain ne reste que des traces. Il a ensuite fait une performance avec des cations suggérées, esthétique de la fête,dispositif relationnel, happening

succès et en même temps ouvrage très critiqué; notamment parce que ce sontdes dispositifs à mettre dans le milieu de l’art, comme des vernissages, c’est limité çan’a pas tellement d’impact, consensuel, pour un public qui est déjà avertit.

Institutionnalisation d’un art qui existait déjà dans les années 70.

Cyprien Gaillard

Cyprien Gaillard, The recovery of discovery (2011) > aurait pu être mentionnépar Bourriaud. Pyramide de pack de bière, le soir du vernissage le public est invité àmonter pour les boires, à la fin ne laisse que les vestiges, esthétique de la trace. Uneautre grille de lecture: il fait référence à l’Hotel de Pergam, monument turc quel’Allemagne a fouillé et pris pour le ramener en Allemagne, référence au colonialismeculturel, réflexion sur le malheureux patrimoine dénaturé par les campagnesarchéologiques du 19e (bières turcs)

Thomas Hirschhornn, Musée précaire Albinet (2004)

construire un projet avec les habitants du quartier, dans un quartier où le culturelmanque, volonté de les confronter au monde de l’art

musée où on y expose notamment des oeuvres prêtées par le Musée Pompidou —>proximité concrète avec le monde de l’art

Santiago Sirra

travail sur l’exploitation du travail

met en scene des participants

tatouage là

gros crasseux

Francis Alice (?)

2012 à Lima, il a appelé à participation pour déplacer une montagne

beaucoup travailler sur la cinéplasti> le mouvement

situationniste

celui qui a déplacé un bloc de glace à Mexico

Chapitre 4 : Modernité et Spécularité

Partie 1 : Manet / Un bar aux Folies Bergères

Un bar aux Folies Bergère Edouard Manet.jpg
Un bar aux Folies Bergères, Manet, début des années 1880

On retrouve chez Manet ce qu’on avait déjà étudié l’année dernière avec l’Olympia : un régime performatif de la peinture. Plus précisément, Manet opère un changement dans la manière d’aborder l’oeuvre picturale en refusant de parachever l’oeuvre, ce qui laissera des critiques dire de lui qu’il est un “admirable ébaucheur”. Sur le déjeuner sur l’herbe, on dira de lui : “une telle oeuvre achevée serait solennelle, tel que Manet nous la livre, elle ne reste qu’intéressante, conditionnelle, non effective” (DesNoyers). En réalité, en modifiant les conditions de production de l’oeuvre, on modifie le regard du spectateur, qui viendra par son oeil apporter la clôture personnelle du tableau. C’est en ça qu’on atteint un état performatif de la peinture : le spectateur doit venir lui-même, par son regard, clore le tableau.

Un parallèle supplémentaire avec l’Olympia est la figure de la femme, protagoniste dans les deux tableaux. Dans les deux tableaux, le spectateur est évoqué par le regard porté de la femme. Mais là où l’Olympia laissait le regard porter en dehors de la peinture, pointé vers le spectateur, le regard de la jeune femme des Folies Bergères est porté sur un client, masculin, qui vient symboliser le spectateur. 

Mais le véritable intérêt d’Un bar aux Folies Bergères réside dans le miroir, placé derrière la jeune femme. Au travers de lui, on voit le public, et pas seulement le public des Folies Bergères, le public qui vient porter son regard sur la peinture elle-même. C’est un régime de dédoublement pictural, où Manet brise subtilement un tabou de la peinture de l’époque en montrant non seulement ce qui est contenu derrière le plan séparant l’oeuvre du spectateur, mais aussi devant. 

On remarquera que le tableau est complètement faux géométriquement, mais ce n’est pas le but de l’oeuvre. En distordant la perspective, Manet s’éloigne des canons artistiques de son époque et laisse passer le regard du spectateur vers le miroir, et donc vers sa propre réflexion métaphorique. 

Chapitre 4 : Modernité et Spécularité

Partie 2 : Crystal Palace

Grand Palais de Cristal construit à Londres à l’occasion de la première exposition universelle de 1851. Une structure de métal légère et démontable supporte l’assemblage de verre qui lui donne son nom. La structure n’existe plus aujourd’hui, emportée par un incendie en 1936. 

Ici, le verre permet de quitter le régime architectural de l’opacité. Le verre laisse passer la lumière, donnant lieu à un nouveau genre d’architecture où le rapport entre intérieur et extérieur est sérieusement remis en question.

Chapitre 4 : Modernité et Spécularité

Partie 3 : Dan Graham

Death By Chocolate (2005)

Death By Chocolate, Dan Graham, 2005

Death By Chocolate est un film tourné par Dan Graham dans un grand Mall américain. L’aspect spéculaire prend ici une teinte plus actuelle, pris dans une réflexion sur le capitalisme et la société du spectacle. 

En particulier, un plan d’une salle vitrée dans laquelle un homme joue de la guitare mobilise de manière flagrante ces notions. Le verre sert ici de barrière entre lui et le public, marquant une distance socialement infranchissable entre sa personne et les personnes susceptible d’entrer en contact avec lui. Une jeune fille danse devant le spectacle. Le verre agit pour elle à la fois comme une barrière et comme un miroir qui va lui renvoyer sa propre image. 

De manière générale, cette vidéo est un travail sur le découpage, l’enfermement et le spectacle, pris dans une série de plans à l’apparence décousue, mais qui peignent ensemble un portrait cru des régimes de pouvoir et de regard à l’oeuvre dans la société marchande de la fin du 20e siècle (et qui n’a pas changé d’un iota depuis).

Chapitre 4 : Modernité et Spécularité

Partie 3 : Dan Graham

Essay on Video, Architecture and Television

PDF complet en Anglais

Dans cet essai, Graham revient de manière plus approfondie sur les thèmes soulevés par Death By Chocolate. Il y décrit le double régime visuel du verre, qui génère à la fois une séparation et un reflet. Cela s’inscrit dans un rapport marchand : le consommateur est tenu à distance du produit tout en pouvant l’observer, reflété sur sa propre image, ce qui génère un désir. Ce désir prend racine dans la construction sociale de l’homme, qui va se construire par rapport à l’image de ses pairs. Le capitalisme, en projetant une image idéalisée d’un consommateur comblé et béat, amène l’homme à se construire par rapport à cette image irréelle. On crée alors un régime où l’homme est dans un état d’insatisfaction permanente, tentant de ressembler à une chimère dénuée de réalité. Par ce biais, la société marchande peut continuer de créer de nouveaux désirs chez le consommateur, nécessaires pour poursuivre le cycle infernal de la consommation moderne. La vitrine est donc ici un dispositif de capture et d’asservissement de nos propres désirs par l’expérience de l’incomplétude.

On retrouve dans ce schéma un rapport avec le perspectivisme qui a marqué l’avènement de la peinture de la Renaissance. De la même manière que la peinture n’existe que dans la conjonction entre le point de fuite de l’objet représenté et le point de vue du spectateur, le système de consommation n’existe que dans la conjonction entre un sujet marqué par le manque et l’objet qui est au centre du désir. 

Pour plus de bonheur, plus de références : Panofsky, Origine de la perspective.